Article Hôtel de Gayon 1/5 : « Le plafond peint »

31 mai 2018

   L’Hôtel de Gayon, situé au 3 bis de la rue de la Vieille à Montpellier, fait actuellement l’objet d’une souscription publique au sein de la Fondation du patrimoine. Suite à la découverte de peintures médiévales recouvrant le plafond et les murs d’une des salles, des études furent menées afin d’en savoir plus à leur sujet ainsi que sur l’hôtel en général. Disposant de certaines de ces études, nous avons voulu partager avec vous notre intérêt pour ces merveilleux témoignages de l’art et de la vie de Montpellier au Moyen Âge. Ainsi sortira une série de cinq petits articles portant sur l’histoire ou sur un détail de l’Hôtel de Gayon. Voici donc le premier de la liste qui présente un des anciens joyaux de l’édifice : le plafond de la chambre peinte.

  En 1999, le plafond en bois d’une des chambres du premier étage de l’hôtel fut détruit transformant en débris ce qui était peut-être une des pièces les plus somptueuses du passé médiéval de Montpellier ! Certains fragments ont pu être récupérés pour être nettoyés et étudiés, et une reconstitution de l’état d’origine du plafond fut réalisée par les services de la DRAC.

   Il s’agissait d’un plafond à la française, c’est-à-dire organisé par des poutres et des solives, et réalisé dans un bois de sapin blanc. Deux poutres divisaient la surface en trois travées, elles-mêmes segmentées par onze solives. Entre chaque solive, contre la poutre, étaient placés des bougets (ou closoirs). Ces petits panneaux de bois avaient pour fonction de protéger le dessus de la poutre de la poussière ainsi que de combler un vide inesthétique. (Vous pouvez jeter un coup d’œil à l’image jointe en pdf à cet article pour mieux comprendre cette description.)

   Ce plafond était extrêmement décoré. Les différentes parties étaient recouvertes de peintures polychromes aux motifs variés. Les poutres étaient rouges tandis que les solives présentaient une alternance de rouge et de bleu, montrant ainsi que les peintres médiévaux faisaient contraster leurs couleurs pour les mettre en valeur. Les bougets et les solives de rives (les solives qui courent le long des murs) étaient décorés de motifs similaires, se faisant ainsi écho. Sur fond rouge cinabre, des blasons étaient représentés accompagnés de personnages divers tels que des couples galants, des chimères et des chevaliers. Entre chaque solive, le plafond était subdivisé en petits carrés par des liteaux couvre-joints recouverts de rinceaux, et dans chaque carré reposait une étoile de bois sur un fond bleu nuit.
Le style de ces peintures est très travaillé. Le principe des contrastes évoqué plus haut est utilisé de façon récurrente pour faire ressortir les différents éléments afin de pouvoir les apercevoir de loin. Sur les bougets et les solives de rive les couleurs claires permettent aux formes de se détacher du fond cinabre : le blanc modèle les carnations, l’ocre dessine les chevelures et le vert, complémentaire du rouge, délimite les feuillages. Les couleurs sont travaillées en aplats successifs et les formes, dénuées de volume, étaient cernées de noir : un trait épais pour les contours et une ligne plus fine pour les détails. Enfin, les fonds étaient agrémentés de petits motifs – arabesques, virgules, feuilles, etc. – pour animer et adoucir l’ensemble. Ce dernier point confirme le souci du détail et la qualité de composition d’un peintre talentueux. Il semble par ailleurs que celui-ci réalisait ses décors à main levée, sans dessin préparatoires (seules des incisions transparaissent pour délimiter préalablement les différentes zones peintes). Il est fort probable que la préparation, les fonds, les bordures et les motifs décoratifs simples étaient délégués aux apprentis tandis que les éléments plus complexes étaient réservés au maître.

Plusieurs indices indiquent que le plafond fut réalisé au sol en atelier. Entre autres, les liteaux de couvre-joints présentaient un décor sur toute leur surface, même dans les parties cachées par les solives une fois l’assemblage du plafond achevé. Cela signifie que ces pièces de bois étaient peintes au sol puis directement posées sur les solives sans être recoupées. Cette pratique permettait ainsi une économie de temps et de fatigue. De plus, la finesse d’exécution des peintures ne pouvait être possible que si elles étaient réalisées au sol.

   Ce magnifique plafond se situait dans une chambre au premier étage, attenant à la salle d’apparat. La chambre était une pièce importante de la maison car elle accueillait différents moments marquants de la famille, de la naissance à la mort. Elle était donc décorée en conséquence et reflétait ainsi le statut social de lignée. Les propriétaires, qui seront évoqués plus en détail dans un prochain article, occupaient une haute position au sein de la bourgeoisie montpelliéraine. Cela explique donc la richesse de ce plafond, mais également d’un autre élément du décor : les peintures murales.

Rendez-vous au prochain article : "Les décors muraux de la chambre peinte" !


Sources (elles sont à votre disposition en pièces jointes pdf) :
SOURNIA, Bernard, VAYSSETTES, Jean-Louis, L’ostal des Carcassonne - La maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, Montpellier : Direction régionale des affaires culturelles (drac) du Languedoc-Roussillon Conservation régionale des monuments historiques (crmh), septembre 2014

JOLY-ROLLAND, Agnès, Hôtel de Gayon, 3 bis rue de la Vieille, immeuble inscrit MH, Restauration des fresques, étude préalable, 15 juin 2016


Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les travaux à faire ou si vous désirez participer à la restauration de l’Hôtel de Gayon, cliquez sur le lien suivant : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/hotel-de-gayon-a-montpellier

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