Article Hôtel de Gayon 2/5 : « Les décors muraux de la chambre peinte » !

7 juin 2018

   L'article précédant décrivait le plafond de la chambre peinte de l'Hôtel de Gayon, joyau décoratif de l'art médiéval montpelliérain, détruit en 1999 lors de travaux de réaménagement. La même pièce renferme un autre ouvrage d'envergure, cette fois demeuré sur place : des peintures murales.

   Il semblerait que ces peintures soient contemporaines de celles du plafond et qu’elles soient également du même atelier. En effet, leur style graphique est très proche : même palette de couleurs (cinabre, ocre, bleu, ...) appliquées par aplats, utilisation des contrastes de teintes, présence de contours noirs, motifs décoratifs similaires, etc. Elles couvraient tous les murs, de haut en bas, et confirmaient le message sous-entendu par les peintures du plafond : les propriétaires détenaient une richesse conséquente et un statut social important qui leur permettait de s’offrir ce genre d'ouvrage.

   Ces peintures murales se divisent en plusieurs registres. Le premier se compose d'une frise de quadrilobes blancs sur fond bleu.
En-dessous, une frise narrative raconte l'histoire de saint Eustache, ancien général romain du nom de Placide qui se convertit ainsi que sa famille au christianisme après la vision divine d'un cerf crucifère. Ils subiront différentes épreuves avant d'être martyrisés et exécutés par l'empereur Hadrien. Ce récit graphique puise fortement dans les écrits de la Légende Dorée, recueil de textes hagiographiques écrits par Jacques de Voragine entre 1261 et 1266. Ce lien entre littérature et peinture illustre l'engouement de la région de Montpellier pour le support du livre ainsi que les rapports étroits que la ville entretenait avec la Ligurie, pays de l'auteur italien. La frise présente toutefois des adaptations régionales : la présence de moutons et de chênes kermès, absents des descriptions de la Légende Dorée, permet d’ancrer le récit dans un cadre géographique local.
Vient ensuite une série de polylobes à fond rouge ou noir, placés dans des carreaux bleus séparés entre eux par un liseré rouge. Tous ces éléments sont reliés entre eux par des filets et des entrelacs blancs. Dans les polylobes rouges sont représentés des figures, animales ou humaines, fantaisistes ou réalistes, tandis que dans les polylobes noirs se trouvent des blasons. Celui qui revient le plus souvent se constitue d’une clochette d’or sur fond de gueules (rouge) dont la hanse prend la forme d’une fleur de lys. Il est probable qu’il s’agisse là du blason de la famille propriétaire de l’édifice. La présence d’armes ici illustre la pratique courante à l’époque au sein de la haute bourgeoisie d’adopter un blason dans un souci d’imiter une coutume noble. Concernant la présence de la fleur de lys, elle est peut-être significative d’une préférence politique du maître des lieux à une époque où le seigneur aragonais et le roi de France se disputaient le pouvoir. D’autres polylobes noirs renferment un lion sur champ de gueules : il se peut que, dû à sa moindre présence, ce blason soit celui de la lignée de l’épouse tandis que celui avec la clochette, beaucoup plus récurrent, soit celui du mari.
Enfin, dans le dernier registre se trouvait une évocation de rideaux suspendus à la base dont il ne reste que quelques traces.

   La technique d’exécution de ce grand décor mural est possiblement la fresque. Les couleurs utilisées, majoritairement du rouge, du bleu, de l’ocre, du blanc et du noir, sont les mêmes que celles du plafond peint et se retrouvent de façon plus générale sur des ouvrage de la même période à Montpellier. Des comparaisons ont pu être effectuées avec des décors peints d’autres édifices datant de la fin du 13ème siècle au 14ème siècle, et dont l’exécution est peut-être à attribuée dans certains cas à la même équipe que celle de l’Hôtel de Gayon. Ainsi, une technique picturale similaire se retrouvait sur le plafond de l’ostal des Roch, détruit au 19ème siècle, rue des Trésoriers de France, ainsi que sur le plafond de l’ostal situé rue Collot.
Ces comparaisons, ainsi qu’une analyse dendrochronologique du plafond, une étude de la charpente et une attention portée aux données héraldiques, ont permis de dater les décors du plafond et des murs, ainsi que la maison en général, du dernier quart du 13ème siècle.
Les recherches faites sur les blasons ont également aidé à mieux connaître les propriétaires initiaux de l’Hôtel de Gayon, dont les particularités vous seront détaillées dans l’article suivant.

Rendez-vous au prochain article : « Les propriétaires de l’Ostal des Carcassonne » !


Sources (elles sont à votre disposition en pièces jointes pdf) :
SOURNIA, Bernard, VAYSSETTES, Jean-Louis, L’ostal des Carcassonne - La maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, Montpellier : Direction régionale des affaires culturelles (drac) du Languedoc-Roussillon Conservation régionale des monuments historiques (crmh), septembre 2014

JOLY-ROLLAND, Agnès, Hôtel de Gayon, 3 bis rue de la Vieille, immeuble inscrit MH, Restauration des fresques, étude préalable, 15 juin 2016


Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les travaux à faire ou si vous désirez participer à la restauration de l’Hôtel de Gayon, cliquez sur le lien suivant : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/hotel-de-gayon-a-montpellier

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