Article Hôtel de Gayon 3/5 : « Les propriétaires de l’Ostal des Carcassonne »

13 juin 2018

   Plusieurs indices permettent de proposer une identité pour les propriétaires de l’Hôtel de Gayon, également appelé Ostal (maison) des Carcassonne.

   Peut-être vous souvenez-vous que, dans l’article précédent, il avait été mentionné que la présence de moutons et de chênes kermès sur les décors muraux de la chambre peinte était une adaptation locale. Ils étaient également les symboles d’une activité très prolifique à Montpellier, de la deuxième moitié du 12ème siècle au début du 14ème siècle : le commerce de la draperie rouge. En effet, la laine servait à fabriquer le textile tandis que le chêne kernès fournissait cette fameuse graine rouge : les œufs de la cochenille, insecte parasite de l’arbre, que l’on écrasait pour produire un pigment rouge. Montpellier détenait le monopole de cette teinture que l’on échangeait au Proche-Orient et en Asie Mineure contre des épices. La richesse des décors de l’Hôtel de Gayon démontre les moyens financiers conséquents que détenaient les commanditaires et il est fort probable qu’ils aient tiré leur fortune du commerce de la draperie rouge ou, tout au moins de la teinture.
Autre indice non négligeable : l’ancien nom de la rue dans laquelle se situe l’Ostal des Carcassonne était « rue de la Draperie Rouge ». Cette rue était dans le voisinage du quartier des marchés où s’entassaient de nombreux commerces, tels que l’argenterie, la mégisserie ou encore celui du drap écarlate.
Enfin, vous vous rappellerez peut-être la description de la fresque de la chambre peinte dans l’article précédent, dont l’un des registres décrivait la vie de saint Eustache. Or ce personnage biblique était le saint patron des drapiers. La présence d’une telle frise dans une pièce aussi importante qu’est la chambre au Moyen Âge est donc significatif.

   Quant au patronyme de la famille propriétaire de l’ostal, on peut le déduire en se servant de l’usage montpelliérain qui consistait à nommer un îlot d’habitations du nom de leur principal contribuable. Or, un document de 1374 nous informe que le quartier dans lequel est localisé l’Hôtel de Gayon prenait le nom d’Yrla de Jaume de Carcassonne.
Carcassonne semble être un patronyme vraisemblable pour le propriétaire de l’ostal, en partie à cause de son aspect sonore partagé par certains des motifs du décor : le blason de la clochette mais également un éléphant portant un olifant à la place de la trompe. De plus, Carcassonne était un patronyme fréquent à Montpellier et se retrouve souvent dans des documents traitant d’échanges commerciaux, il était aussi présent dans d’autres villes du Languedoc telles que Marseille, mais il n’est pas certain que le propriétaire de l’ostal appartînt à ce grand réseau.
Jaume de Carcassonne, propriétaire de la maison dans la deuxième moitié du 14ème siècle, n’était pas le commanditaire de l’édifice ni des peintures puisque ces dernières dateraient du siècle précédent. Cependant, la fonction qu’occupait ce Jaume était complètement en accord avec les différents indices recueillis sur les propriétaires dans les décors et les blasons. Il exerçait en tant que campsor, changeur, et de ce fait faisait partie de la première classe dans l’échelle des métiers de la ville. Son rang et sa fortune lui permettaient d’intervenir dans les affaires politiques et religieuses de la ville : il participa au financement d’un important retable en argent doré en 1388 pour l’église Notre-Dame-des-Tables, il fut élu de nombreuses fois consul et finit par être anobli en 1396. Son épouse, Isabelle Serrières, appartenait à une des plus grandes familles de changeurs, marchands et drapiers de la ville, ce qui permit à Jaume d’être en contact avec des marchands de toutes origines. Il s’introduisit ainsi dans le commerce international et s’enrichit grâce au commerce de draps, d’épices, de froment et autres.

   On retrouve ainsi la dimension marchande qui émane des peintures de la chambre et faisait partie intégrante du quotidien des propriétaires de l’Ostal des Carcassonne. L’étude de l’histoire de cet édifice et de ses décors permet de découvrir un pan de la vie médiévale montpelliéraine à une époque où la ville connut un fort développement. Si vous désirez en apprendre davantage à propos de l’histoire de Montpellier, vous pouvez jeter un œil à l’un des documents joints à cet article, issu des recherches de Bernard SOURNIA (Conservateur en chef du patrimoine honoraire) et Jean-Louis VAYSSETTES (Ingénieur de recherche, Service régional de l’archéologie, DRAC Languedoc-Roussillon).

Rendez-vous au prochain article : « De l’Ostal des Carcassonne à l’Hôtel de Gayon » !


Sources (elles sont à votre disposition en pièces jointes pdf) :
SOURNIA, Bernard, VAYSSETTES, Jean-Louis, L’Ostal des Carcassonne - La maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, Montpellier : Direction régionale des affaires culturelles (drac) du Languedoc-Roussillon Conservation régionale des monuments historiques (crmh), septembre 2014

JOLY-ROLLAND, Agnès, Hôtel de Gayon, 3 bis rue de la Vieille, immeuble inscrit MH, Restauration des fresques, étude préalable, 15 juin 2016


Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les travaux à faire ou si vous désirez participer à la restauration de l’Hôtel de Gayon, cliquez sur le lien suivant : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/hotel-de-gayon-a-montpellier

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