Article Hôtel de Gayon 4/5 : « De l’Ostal Carcasonne à l’Hôtel de Gayon »

30 juin 2018

   Après la mort de Jaume de Carcassonne en 1423, l’ostal demeure dans la famille. Il est d’abord la propriété de dona Carcassonna, c’est-à-dire sa veuve Isabelle Serrières. Il est ensuite transmis à son petit-fils, Jamet Carcassonne, puis à la fille de ce dernier prénommée Isabelle ou Belette. À la mort ce celle-ci en 1499, le bien est vendu à Jacques de Saint-Loup et passe ainsi dans les mains d’une autre famille. Il change plusieurs fois de propriétaires avant d’être acheté en 1660 par Pierre de Gayon, seigneur du Bousquet et conseiller du roi en la Cour des Comptes, Aides et Finances. Par la suite, des travaux sont réalisés dans l’Ostal Carcassonne pour le transformer en hôtel particulier en accord avec les goûts de l’époque moderne : des pièces sont réaménagés et certains décors sont recouverts.

   Au cours des années 1980, une opération d’étude patrimoniale du centre ancien de Montpellier permit de révéler l’habitat médiéval et moderne de la ville. L’Hôtel de Gayon fut redécouvert en même temps que le noyau urbain gothique de Montpellier, « un des plus riches conservatoires d’architecture domestique médiévale de toute la France méridionale »1 ! Pendant longtemps, les historiens de l’art ont pensé que les conflits entre Louis XIII et les protestants avaient détruit la majorité de ces habitations, mais les récentes études ont montré qu’il persistait d’importants témoins dans la structure même des édifices modernes. De plus, l’architecture montpelliéraine évolua peu entre le 1350 et 1622 à cause de plusieurs événements catastrophiques – épidémie, baisse démographique, conflits religieux et civils, etc – ce qui permit de limiter les transformations. À partir du 17ème siècle, tous les administratifs royaux qui vinrent s’installer à Montpellier s’emparèrent des meilleurs bâtisses et les remirent au goût de la cour parisienne. La plupart du temps, la structure de l’édifice (murs porteurs, charpentes, …) était conservée et l’on refaisait des éléments comme la façade ou l’escalier, de fait que le squelette gothique demeura mais fut caché sous une peau moderne.

L’Hôtel de Gayon n’échappa pas à la règle. Grâce à deux documents, l’expertise de la maison du 13 mai 1660 et son prix-fait de rénovation du 14 mars 1651, il fut possible d’étudier les changements effectués sur la bâtisse après que Pierre de Gayon l’ait achetée. Une expertise contenait la description en détail d’une maison avant sa vente, à l’issue d’une visite effectuée par un charpentier et un maçon ainsi que d’un notaire. Peu de temps après la rédaction de ce premier document, le propriétaire retournait chez le notaire avec un maître maçon ou un maître charpentier pour signer le prix-fait. Dans ce contrat les entrepreneurs s’engageaient à réaliser des travaux prédéfinis. Ainsi l’on peut comparer ce qui est décrit dans ces documents avec l’apparence actuelle de l’hôtel.
Plusieurs travaux d’aménagement furent réalisés par sieur de Gayon, tels que l’entrée médiévale qui fut remplacée par une porte cochère en travée toscane à bossages, le passage qui suit qui fut agrandi et doté d’une voûte d’arêtes (voir le plan de 1661), ou encore de nombreuses baies en arc brisé ou trilobée qui furent modernisées. L’escalier extérieur originel, porté sur arcs rampants et qui distribuait le premier étage, fut lui aussi substitué par une vis dans-œuvre qui s’ouvre sur la cour par des arcs en anse de panier, répondant ainsi davantage au goût classique par leur symétrie. Lors de ce remaniement, une partie de la chambre peinte fut démolie, provoquant ainsi la perte de certains décors. Cette mutilation continua car l’ensemble des peintures murales fut par la suite piqueté afin d’être recouvert d’un nouvel enduit. Quant aux peintures du plafond, elles furent recouvertes par deux fois de repeints : premièrement par des aplats de rouge, de jaune et de bleu, puis par un badigeon marron. Ces repeints étaient antérieurs à 1660 car aucune peinture polychrome n’est mentionnée dedans. Le plafond sera ensuite entièrement masqué par un faux plafond de lattis et de plâtre.

   Aujourd’hui, les décors de la chambre peinte sont très lacunaires et abîmés et leur restitution est difficile. En outre, les destructions occasionnées lors des travaux de 1999 ont largement empiré cet état. Cependant, le nettoyage engagé sur les peintures du plafond par où Pascal MARITAUX au La3m d’Aix-en-Provence (Laboratoire d'Archéologie Médiévale et Moderne en Méditerranée), ainsi que le projet de restauration mené sur les décors muraux vont permettre de donner une seconde vie à ces trésors de l’art médiéval montpelliérain.

Rendez-vous au prochain article : « La restauration des décors de la chambre peintes » !

1 SOURNIA, Bernard, VAYSSETTES, Jean-Louis, L’ostal des Carcassonne - La maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, Montpellier : Direction régionale des affaires culturelles (drac) du Languedoc-Roussillon Conservation régionale des monuments historiques (crmh), septembre 2014, p. 10.

 

Sources (elles sont à votre disposition en pièces jointes pdf) :
SOURNIA, Bernard, VAYSSETTES, Jean-Louis, L’ostal des Carcassonne - La maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, Montpellier : Direction régionale des affaires culturelles (drac) du Languedoc-Roussillon Conservation régionale des monuments historiques (crmh), septembre 2014

JOLY-ROLLAND, Agnès, Hôtel de Gayon, 3 bis rue de la Vieille, immeuble inscrit MH, Restauration des fresques, étude préalable, 15 juin 2016


Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les travaux à faire ou si vous désirez participer à la restauration de l’Hôtel de Gayon, cliquez sur le lien suivant : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/hotel-de-gayon-a-montpellier

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