Le prix national Moto 2017 décerné au triporteur Lambretta F300 de 1957

21 nov. 2017

Remise du prix ce vendredi 24 novembre 2017 à 19h au Salon Moto Légende, Parc Floral, 75012 Paris. Stand Motul P8

Le Grand prix Motul-Fondation du patrimoine, doté de 10 000 € dans la catégorie Moto, couronne pour sa troisième édition le triporteur publicitaire Maugein Frères du constructeur italien Lambretta - modèle F300 de 1957 avec fourgonnette tôlée.

 

Acquis en 2001 par la Ville de Tulle en Corrèze, figurant parmi les pièces majeures de la collection du Pôle Accordéons, ce triporteur symbolise l’histoire de la Ville et de l’entreprise Maugein, fabrique d’accordéons créée en 1919, qui fit la renommée de l’instrument en France et à l’international dans la première moitié du XXe siècle. Seul véhicule publicitaire de cette marque parvenu jusqu’à nous, le triporteur a conservé son marquage publicitaire d’origine, peint en lettres rouges et jaunes sur les deux côtés de la caisse. Il fut employé, de 1957 aux années 1970, pour acheminer de l’usine à la gare les accordéons expédiés en France et à l’étranger.
Le projet de restauration du triporteur vise à préserver ce témoignage unique de la vie de l’usine Maugein Frères. Inscrit à l’inventaire de la collection du Pôle Accordéons labellisée « Musée de France », sa restauration suit l’avis de la Commission scientifique interrégionale. Elle sera achevée en juin 2018.
Le triporteur a vocation à être exposé au sein d’un parcours permanent du futur musée de Tulle.
Dans le cadre de l’appel au mécénat populaire lancé sous l’égide de la Fondation du patrimoine, plus de 40 donateurs se sont déjà déclarés en faveur de ce patrimoine identitaire auquel les habitants se révèlent très attachés.

L’HISTOIRE DE LA FABRIQUE D’ACCORDÉONS MAUGEIN FRÈRES, « ENTREPRISE DU PATRIMOINE VIVANT »

À la fin du XIXe siècle, François Dedenis crée à Brive le premier atelier de fabrication d’accordéons. En 1906, à l’occasion de la fête patronale, il offre un de ses instruments au vainqueur du concours d’accordéon, un certain Jean Maugein, accordeur de piano, qu’il embauche quelques temps au sortir de la première guerre mondiale.
Visionnaire au caractère bien trempé, ce dernier comprend très vite la technicité de l’instrument et le potentiel que peut représenter le marché de l’accordéon. Avec ses frères cadets Antoine et Robert, il fonde à Tulle en 1919 l’Etablissement
Maugein Frères et s’installe dans un atelier qui fabrique, répare et vend des instruments.
Dès 1923, dans le contexte des bals musettes qui se développent, l’entreprise prend son essor et fait construire une usine de 700 m2. La production des accordéons diatoniques est bientôt délaissée au profit d’une production en série d’accordéons chromatiques.
En 1938, l’expansion importante de l’entreprise nécessite l’édification d’une nouvelle usine de 3000 m2. C’est à partir de cette date que l’outil industriel devient unique en son genre, par son extension, la modernisation de la production et la conception de nouvelles machines visant l’excellence en matière de précision. Plus de 200 ouvriers apportent leurs connaissances et tels des compagnons, ils sont fiers de signer de leur nom les différentes interventions ou pièces
qu’ils réalisent.


Ce savoir-faire unique favorise le développement de la Manufacture, fonde sa réputation mondiale et la place parmi les premiers fabricants de « piano à bretelles ».
Après la seconde guerre mondiale, afin de répondre aux nouvelles modes alors que la France découvre la musique américaine et le jazz, les accordéons Maugein s’enrichissent d’une nouvelle ergonomie du clavier et de caisses à décors
spécifiques.
Mais peu à peu les mentalités changent et le rock’n roll et la guitare détrônent l’accordéon devenu l’expression d’une génération passée. La manufacture Maugein accuse ce changement marqué par une régression de ses ventes. Les
frères Maugein, âgés, se retirent progressivement, puis c’est au tour du fils de Georges en 1978.
L’entreprise, en grande difficulté, est reprise en 1981 par René Lachèze, petit neveu de Robert Maugein, soucieux de préserver l’usine familiale qu’il dirigera jusqu’en 2013. En novembre 1984, une nouvelle usine est installée dans une zone industrielle à la sortie de la ville. L’instrument vit une sorte de « revival » dans la musique de variétés grâce une nouvelle génération d’artistes.
Dans les années 2000, les « Accordéons de France-Maugein » tentent des expériences de modernisation et d’élargissement des gammes produites. Malgré ces efforts, l’entreprise ne réussit pas à prendre le virage de la modernité. En janvier 2014, menacée de disparaître, elle est reprise par une nouvelle équipe dirigeante après appel à des investisseurs publics et privés.
Aujourd’hui, la « Manufacture d’Accordéons Maugein », labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant », avec à sa tête Richard Brandao, poursuit la fabrication et la vente d’accordéons.

 

Le triporteur présente un état presque complet malgré la perte des deux pièces vitrées de la capote. De nombreuses altérations du support des revêtements peints et métalliques sont présents (soulèvements, fragilisations, corrosion de différents types). Les toiles de la capote et du toit sont par chance encore présentes et nécessitent une intervention en conservation. Il n’est actuellement pas soclé et repose sur ses pneumatiques.
A noter : les bénévoles du Rétromobil Club de Tulle ont commencé les travaux de démontage et nettoyage du moteur à l’occasion des dernières Journées Européennes du Patrimoine. Le véhicule sera présenté au salon Moto Légende sans le bloc moteur.

POURQUOI RESTAURER ?
La restauration vise à préserver ce témoignage unique de la vie de l’usine Maugein Frères à Tulle. Le triporteur sera remis en état de marche, ses pièces d’origine étant conservées dans la mesure du possible. Il sera toutefois principalement une pièce statique au sein d’un futur parcours permanent.

COMMENT RESTAURER ?
Le triporteur est un élément inscrit à l’inventaire de la collection du Pôle Accordéons, labellisée « Musée de France» et propriété de la Ville de Tulle. Suivant le Code du Patrimoine, toute restauration d’un bien d’un musée de France est précédée de la consultation de la Commission scientifique de restauration.
La commission scientifique interrégionale de restauration a émis un avis favorable sur le projet de restauration et le choix des restaurateurs intervenants. Le conseil municipal de la ville de Tulle du 10 avril 2017 a approuvé le projet, le budget prévisionnel ainsi que le calendrier.
Le Rétromobil Club de Tulle a souhaité être actif dans ce projet de restauration aux côtés du Pôle Accordéons. La restauration de ce véhicule est un projet collectif placé sous la conduite d’un restaurateur habilité associant le Rétromobil Club pour certaines actions.
Le véhicule sera conservé après la restauration à son emplacement actuel, dans le bâtiment du Pôle Accordéons. Il sera placé sur un soclage, fabriqué selon les préconisations établies par la restauration.

Directrice presse et presse événementielle
Laurence Lévy

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