Notre-Dame, 1 an après : portrait d'artisan

7 avr. 2020

Je suis Jean-Baptiste Dilly, chargé d’affaire chez Jarnias. Passionné depuis toujours par l’escalade et la spéléologie, je travaille depuis 10 ans dans les travaux d’accès difficile, et j’ai rejoint la société Jarnias, il y a 3 ans.

Jarnias, c’est une société spécialisée dans les travaux en hauteur, dont la mission principale est de sécuriser, restaurer et entretenir le patrimoine historique. Une aventure commencée il y a 27 ans, à l’occasion du lancement de la fusée Ariane 5. Jean-Paul Jarnias, alors guide de haute montagne, relève un challenge un peu fou avec une quarantaine d’autres guides : recouvrir la tour Eiffel d’une toile géante de 4 500 m² en une nuit ! Presque 30 ans après, Jarnias est devenue l’une des entreprises référentes des travaux en hauteur en France et compte environ 75 employés. Une grande partie des Monuments historiques de Paris sont passés entre les mains de nos techniciens cordistes qui inspectent, protègent, restaurent et sécurisent partout où cela est nécessaire.

Lorsque Notre-Dame de Paris a pris feu, nous avons été rapidement appelés pour mettre la cathédrale hors d’eau – c’est-à-dire la protéger des intempéries. Réquisitionnés par lettre recommandée, nous nous sommes rendus dès le 17 avril sur le lieu de la catastrophe, escortés par la police. Du jour au lendemain, nous avons fermé une partie de nos autres chantiers et mobilisé une vingtaine de nos techniciens. En 3 jours seulement, grâce à l’implication de l’ensemble de notre personnel et de nos partenaires qui ont travaillé jour et nuit, nous avons pu réaliser les études, fabriquer les structures ainsi que d’immenses bâches sur mesure et acheminer le matériel depuis l’Europe entière. L’architecte en chef nous a également mis au plus vite à contribution pour un premier état des lieux et l’identification des points de fragilité du bâtiment.

Depuis, et jusqu’à l’interruption du chantier en mars, entre 20 et 40 de nos techniciens cordistes ont travaillé sur l’édifice 24 heures sur 24 et 6 jours sur 7. Nous avons ainsi retiré méthodiquement l’ensemble des vestiges calcinés sans toucher aux voutes qui menaçaient de s’effondrer. Nous avons également beaucoup travaillé sur la méthodologie de démontage de l’échafaudage brûlé : dès que le chantier rouvrira, nos équipes réaliseront les opérations de découpe des éléments calcinés de l’échafaudage, grâce à la conception d’un système d’accès unique, conçu spécialement pour cette opération hors du commun. Nous avons sécurisé tous les accès en installant des filets de protection et des lignes de vie. Et nous avons assisté tous les corps de métiers – charpentiers, tailleurs de pierre, scientifiques de toutes disciplines archéologues, architecte en chef etc. – pour les aider à faire leur travail dans les zones difficiles d’accès.

« Être cordiste, c’est reconstruire le passé et construire l’avenir. »

Ce chantier est une vitrine exceptionnelle pour notre métier et déclenchera, je l’espère, de nouvelles vocations. Il n’existe pas de profil « type » pour devenir cordiste : il faut simplement être méticuleux – car il s’agit d’un métier de la sécurité avant tout – et surtout avoir réellement envie d’apprendre, d’écouter, de regarder et de progresser tous les jours. Le partage de connaissance et l’entraide sont au cœur de nos valeurs : c’est de cette manière que nous transmettons notre savoir-faire et que nous restons soudés. Le métier de cordiste est un métier extraordinaire, qui permet à la fois de construire l’avenir – lorsque nous travaillons sur des chantiers du Grand Paris par exemple – et de reconstruire le passé – lorsque nous intervenons sur les monuments historiques. C’est aussi un métier exigeant et physique qui nous conduit à rester des heures entières dehors qu’il pleuve ou qu’il vente. Mais la récompense, c’est la liberté et le sentiment de plénitude que le cordiste ressent lorsque, suspendu à plusieurs mètres du sol, seul avec son binôme et son baudrier devant les monuments les plus emblématiques du monde, il a le monde à ses pieds.

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