Patrick Palem, mécène du patrimoine périgourdin

6 mars 2017

Comment avez-vous connu la Fondation du patrimoine ?

Je suis le responsable d’une société qui travaille dans les monuments historiques depuis plus de 30 ans. On travaille sur des sites prestigieux tels que le château de Versailles et un tout petit peu en Dordogne puisque c’est là que nous sommes basés. J’ai déjà eu l’occasion de croiser la Fondation du patrimoine assez souvent notamment lors d’un travail sur la galerie des glaces à Versailles il y a quelques années. Je connaissais donc la Fondation à ce titre-là.

Présentez votre entreprise en quelques mots :

Entreprise privée, on restaure beaucoup de grands édifices et monuments partout en France mais aussi à l’international : Serbie, Ouzbékistan, Japon, Egypte... Pour nous les savoir-faire et compétences professionnelles doivent être transmises et préservées au même titre que le patrimoine bâti.

Pourquoi avoir intégré ce club de mécènes de la Fondation du patrimoine ?

C’est le fait de s’impliquer au niveau local sur le patrimoine, qui est le cœur de métier de notre entreprise qui m’a tout de suite intéressé. Au-delà de l’aide financière apportée aux projets et de la réduction d’impôts dont nous bénéficions, notre action est également essentielle pour participer à la formation et à la transmission des connaissances. J’ai l’impression que les métiers du patrimoine sont en danger à cause de la situation économique actuelle. Par exemple, dans les métiers de l’artisanat, la pratique est plus importante que la théorie et ce en particulier pour les sculpteurs. Il est donc important de transmettre ce savoir-faire.

Les subventions apportées aux projets par le club participent au dynamisme de toute une économie locale en permettant de donner de l’emploi à des artisans qui peuvent ainsi transmettre leurs savoir-faire. On participe au maintien d’emplois et de compétences traditionnelles et précieuses.

Rejoindre la Fondation c’est aussi participer un petit peu à la sauvegarde du patrimoine local et c’est ce qui m’intéressait dans la mesure où mon entreprise œuvre pour le patrimoine au niveau national. C’était important pour nous de ne pas oublier la Dordogne. C’est une sorte de retour aux sources en somme.

Je ne prétends pas donner de leçon : le patrimoine est une passion pour moi. C’est vrai qu’un monument nous transporte dans le passé et les qualités des sculptures, des décors, des scènes sont fabuleuses : c’est un vrai musée vivant.

Quels arguments pour convaincre d’autres entreprises ?

C’est simple, le patrimoine c’est votre histoire, vos racines. Vous aimez vos parents, vos grands parents, vos arrières grands parents, donc ce patrimoine qu’ils ont connu, que vous avez connu, vous êtes maintenant responsable d’assurer sa transmission. On sous-estime parfois la portée culturelle et symbolique de notre patrimoine national ; c’est au moment où il est menacé qu’on réalise tout ce qu’il représente pour nous. Cela se produit en Syrie ou dans d’autres pays : en détruisant le patrimoine on efface la mémoire.

Le patrimoine est aussi le pilier du tourisme, vecteur économique essentiel de certains territoires. Je ne parle pas de la mer, de la côte et de la montagne, mais des grottes de Lascaux et de Chauvet ou du château de Fontainebleau qui attirent des visiteurs venus de loin…   

C’est pour toutes ces raisons que pouvoir le transmettre aux générations futures, en bon état et si possible dans son intégralité, est essentiel. 

Comment voyez-vous les rôles des clubs de mécènes aujourd’hui ?

Les clubs doivent s’ouvrir au plus d’entreprises possibles. Tout le monde a un bâtiment, un élément prestigieux dans sa région qu’il a envie de sauver. C’est différent que de faire des dons pour la science ou la médecine, mais tout aussi important de préserver notre histoire, notre mémoire. Le but des clubs est donc de modestement faire en sorte, à notre niveau, de participer et d’avoir une implication au niveau local. Chaque mécénat est important à son échelle.

Une notion d’appartenance symbolique se crée aussi parmi les différents mécènes. On a le sentiment d’avoir accompli quelque chose de moralement important, et on en est fiers au fond de nous.

Comment voyez-vous l’évolution des clubs dans les années à venir ?

Le contexte économique actuel est compliqué pour les PME et il est vrai que nos actions sont moins médiatisées que les traversées de l’atlantique ou le sponsoring sportif. Au sein du club, notre mécénat est discret mais très riche culturellement. Ce type de mécénat est un peu le reflet de nos convictions et de notre passion. Ce n’est pas forcément le cas du sponsoring sportif par exemple, qui prend beaucoup moins de sens et n’est pas aussi symbolique.

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