Richard Boyer, restaurateur de monuments anciens

11 févr. 2020

Découvrez le témoignage de Richard Boyer, un amoureux du patrimoine qui participe à la restauration de Notre-Dame.

Je travaille depuis 20 ans pour la société Socra, spécialisée dans la restauration et la conservation d’œuvres d’art et monuments anciens. J’en suis aujourd’hui le directeur général.

Mon amour pour le patrimoine remonte à l’enfance. Très tôt je me suis passionné pour l’art, l’histoire et l’archéologie ! Plus tard, j’ai suivi une formation universitaire en histoire de l’art, en me spécialisant dans l’étude des matériaux anciens. Puis j’ai intégré Socra, qui m’a donné l’opportunité  de travailler sur des projets passionnants, dans des lieux souvent magiques, en France comme à  l’étranger. J’ai eu la chance de vivre des moments privilégiés, comme ce coucher de soleil sur les jardins de Versailles, dans le silence de la Galerie des Glaces… Mes projets m’amènent à travailler avec des gens passionnants et très différents – architectes en chef des Monuments historiques, historiens de l’art, artisans, représentants de l’état… Après toutes ces années, je suis toujours aussi heureux d’avoir choisi ce métier !

Notre travail sur la cathédrale Notre-Dame de Paris a commencé en 2019, dans le cadre du vaste projet de restauration de la flèche. Socra a été retenue  pour réaliser la campagne de restauration des statues en cuivre, situées à sa base. Le 11 avril, nous avons déposé ces statues pour les entreposer dans notre atelier de Périgueux.


© Richard Boyer

Quatre jours plus tard… Notre-Dame prenait feu, et la flèche s’écroulait. Tout est ensuite allé très vite. Nous avons été rappelés dès le lendemain, comme toutes les entreprises qui travaillaient alors sur la cathédrale. Il fallait agir rapidement pour déposer les statues en pierre qui menaçaient la stabilité des pignons nord et sud du transept. Nous avons également partagé notre carnet d’adresse pour mobiliser des experts capables d’intervenir pour sécuriser le monument. Je suis resté trois semaines sur place. Trois semaines pour mettre en sécurité les statues, déposer les lustres, aider au niveau logistique…


© DRAC IdF-David Bordes

Ce que j’ai ressenti le soir de l’incendie, et dès le lendemain lorsque je me suis rendu sur les lieux, est assez difficile à décrire. Je n’oublierai jamais ces premières heures passées sur place, le silence, l’odeur, la fumée s’échappant des derniers foyers contrôlés en permanence par les pompiers… En tant que restaurateur du patrimoine bâti, qui consacre son quotidien à sauvegarder le moindre vestige du passé, à consolider la plus petite écaille de polychromie ou à refixer un fragment de sculpture, j’ai été plongé dans une tristesse infinie devant Notre-Dame balayée par les flammes.


© Fondation du patrimoine

Mais je préfère retenir le positif. Cette épreuve a créé, entre toutes les personnes impliquées à ce moment-là, des liens extrêmement forts. Le coq qui surplombait la flèche a été déformé dans sa chute, mais a été retrouvé. Je pense aussi aux statues en cuivre des apôtres et des évangélistes qui ont été déposées quelques jours avant l’incendie et ont ainsi pu être sauvées… Notre priorité désormais est de mener à bien notre mission : restaurer ces statues qui sont, il faut le rappeler, les derniers vestiges de la flèche de Notre Dame et continuer, partout où nous le pouvons, à préserver notre patrimoine.

 

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