Remise du Prix National de l’agrobiodiversité animale 2018

2 mars 2018

Mercredi 28 février 2018, dans le cadre du Salon International de l’Agriculture, Ceva Santé Animale et la Fondation du patrimoine viennent de décerner le « Prix National de la Fondation du patrimoine pour l’agrobiodiversité animale » à trois éleveurs engagés pour la préservation de races d’animaux d’élevage en voie d’extinction : 1er prix de 10 000 € - la vache Froment du Léon (Côtes-d’Armor), 2e prix de 6 000 € - la vache Bordelaise (Gironde), 3e prix de 4 000 € - l’âne des Pyrénées (Gers).

La biodiversité animale, un enjeu capital pour l’agriculture de demain.
Créé en 2012 par la Fondation du patrimoine et Ceva Santé Animale, soutenu par un mécène individuel, et placé sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, le « Prix National de la Fondation du patrimoine pour l’agrobiodiversité animale » met en lumière les races agricoles françaises à faibles effectifs, représentatives d’un patrimoine génétique unique : bovins, caprins, équidés, ovins, porcs, chiens de travail, volailles et autres animaux de basse-cour.
Trois éléments majeurs sont évalués par le jury : la dimension économique du projet, son impact social et environnemental sur le territoire, ainsi que les actions de sensibilisation et de communication autour des races à préserver (Liste des membres du jury 2018). Depuis sa création, ce prix a permis de valoriser plus de 170 initiatives régionales françaises et de distinguer 16 éleveurs (Liste des lauréats depuis la création du prix).
Aujourd’hui en France, plus de 80% des races agricoles régionales sont considérées comme menacées d’abandon1. Une réalité préjudiciable puisqu’elles contribuent non seulement à l’identité des territoires et à leur équilibre économique, mais elles permettent surtout de maintenir une diversité essentielle pour la préservation de notre écosystème. Plus ce dernier sera diversifié, mieux il pourra résister aux changements, qu’ils soient d’ordre climatique ou sanitaire.

Français interrogés ont conscience de la menace qui plane sur les élevages traditionnels. 35% ignorent ou estiment que les races locales agricoles ne sont pas en danger (45% pensent que seules quelques espèces sont menacées). Et pourtant, 83% des Français affirment être prêts à acheter plus cher un fromage ou une viande pour soutenir l’élevage traditionnel.
Des chiffres qui confirment l’importance de l’engagement de ces éleveurs français, véritables acteurs de l’agriculture de demain.

« La Fondation du patrimoine a reçu pour mission de sauvegarder le patrimoine bâti en même temps que le patrimoine naturel. N’opposons pas nature et culture, la biodiversité et les activités humaines. Dans les campagnes, nos races agricoles locales ont façonné les paysages et continuent aujourd’hui de les préserver. Elles sont riches d’un patrimoine génétique unique. Nous sommes fiers de pouvoir soutenir à travers ce prix des éleveurs qui sauvent ce patrimoine, vivant et qui nous appartient tous. » Célia Verot, Directrice générale de la Fondation du patrimoine.

Élevages bovins et équins à l’honneur pour cette 6ème édition

1ER PRIX : VACHE FROMENT DU LEON, Côtes-d’Armor - Bretagne
Dotation : 10 000 €
Porteurs du projet : Maëve et Stéphane Terlet, éleveurs

Appelée « Vache à Madame » pour son bon caractère ou « vache des châteaux » car très appréciée autrefois par la noblesse pour son lait d’excellente qualité, la race Froment du Léon est une race bovine à très faible effectif, dont le berceau se situe dans les Côtes-d’Armor. Quasi disparue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale au profit de races plus lucratives, elle reste fragile avec un total de moins de 400 femelles en 2017.
Le jury a souhaité récompenser le couple candidat, Maëve et Stéphane Terlet, pour leur courage et leur ténacité pour sauver cette race bovine en cherchant à valoriser son lait via un beurre haut de gamme. Ce 1er prix vise aussi à stimuler l'ensemble des éleveurs de la race car ses atouts sont bien réels à une époque où l’on recherche des produits de qualité et du terroir.

2E PRIX : VACHE BORDELAISE, Gironde - Nouvelle-Aquitaine
Dotation : 6 000 €
Porteurs du projet : Christophe Guénon, éleveur

Aux XIXe et XXe siècles, la vache Bordelaise approvisionne les grandes villes du Sud-Ouest en beurre, crème et lait. Ce rôle économique est remis en cause par les races plus productives et une épizootie en 1870, qui a failli la faire totalement disparaître. Quelques vaches sont retrouvées dans les années 1980, permettant de réamorcer un développement. 25 ans après son sauvetage, la vache Bordelaise compte aujourd’hui moins de 200 têtes.
Le jury a été séduit par plusieurs points : l’exploitation de Christophe Guénon qui permet de redonner une vocation d’élevage à des terrains abandonnés par l’agriculture (activité d’éco-pâturage sur un site classé Natura 2000), le travail mené en partenariat avec le Conservatoire des Races d’Aquitaine qui s’inscrit dans une logique de sauvegarde d’un patrimoine génétique précieux et la valorisation de la race à travers la production de lait et de viande.

3E PRIX : ÂNE DES PYRÉNÉES, Gers - Occitanie
Dotation : 4 000 €
Porteurs du projet : Cécile et Emmanuel Guichard, éleveurs

Robuste et rustique, l’âne des Pyrénées était réputé au XIXe siècle pour la production de mules afin d’aider aux tâches quotidiennes. Alors qu’ils étaient nombreux jusqu’au début du XXe siècle, ils voient leurs effectifs s’effondrer avec l’arrivée du moteur dans les campagnes.
Reconnue officiellement en 1997, la race est composée de deux types : l’âne gascon qui toise entre 1.20m et 1.35m, et le catalan, plus fin qui mesure 1.35m. En 2016, seulement 75 immatriculations sont dénombrées.
Le jury a tenu à saluer l'initiative de Cécile et Emmanuel Guichard qui ont choisi de faire de la ferme du Hitton un conservatoire de la race des ânes des Pyrénées grâce notamment à une valorisation économique originale : utiliser le lait des ânesses pour la fabrication de produits cosmétiques biologiques réalisés à la ferme.

Médias