Une manifestation culturelle à Loupian !

14 mai 2018

Bonjour à tous !

   Du 2 au 4 mai nous avons assisté à la manifestation culturelle qui a eu lieu à Loupian (Hérault) dans le cadre d’un changement de statut de la zone, concernant la protection du patrimoine. En effet, le périmètre protégé est modifié lors du passage de la ZPPAUP à une AVAP. Voici donc dans l’article qui suit une explication de ces termes un peu barbares ainsi qu’une description des activités proposées au cours des journées « Le Patrimoine en Résidence ».

   Loupian possède un important patrimoine bâti et paysager à protéger. La ville comporte trois monuments historiques classés (la chapelle Saint-Hippolyte, l’église Sainte-Cécile et la villa romaine), ainsi que de multiple vestiges des siècles précédents, du 5ème siècle à nos jours. Tout cela se situe dans un écrin naturel s’étendant des rives de l’étang de Thau aux garrigues et terres agricoles au nord.
En octobre 2000, une ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) fut créée sur le territoire de Loupian, pour mettre en œuvre des mesures afin de protéger ce patrimoine (ces prescriptions comportent des obligations, notamment en terme de matériaux, et des interdictions de démolir ou modifier l'aspect de certains éléments bâtis ou végétaux notamment par des constructions nouvelles).
Le 12 juillet 2010, la loi Grenelle II instituait la transformation des ZPPAUP en AVAP (Aire de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine). Cette mesure introduisait la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces naturels dans le respect du développement durable.
Enfin, la loi du 7 juillet 2016 CAP, relative à la liberté de Création, à l’Architecture et au Patrimoine, créait la notion de SPR (Site Patrimonial Remarquable) qui, dans un souci de clarification, intègre sous une appellation unique les ZPPAUP et les AVAP existantes.

Dans le cadre de ces changements, la municipalité de Loupian décida d’engager une étude, menée par le bureau Skala basé à Avignon, afin de transformer la ZPPAUP de son territoire en AVAP. Cela implique entre autres une réduction de la surface des espaces protégés afin de concentrer les efforts sur certaines zones. Cela englobera :
- Le centre ancien, noyau médiéval et faubourgs du 19ème siècle
- Le site inscrit des rives de l’étang de Thau, y compris la zone conchylicole
- Tous les secteurs situés entre ces deux extrémités relevant d’un panorama exceptionnel à protéger

La complémentarité de l’AVAP et du PLU (Plan Local d’Urbanisme) constitueront la toile de fond de la réflexion à mener, avec l’objectif, en application de la loi CAP, d’intégrer dans le PLU les secteurs de la ZPPAUP et règlements associés non repris dans l’AVAP (secteurs de garrigues, secteurs à caractère agricole et naturel notamment).

   Pour permettre aux Loupianais de mieux comprendre ce que ce changement impliquait, et pour leur faire (re)découvrir le patrimoine de leur ville, trois jours furent réservés à la manifestation culturelle « Le Patrimoine en Résidence ».

Des interventions auprès des jeunes publics, et notamment dans les écoles, furent organisées. Les enfants apprirent ainsi à mieux lire des plans et à comprendre les façades des bâtisses.

   Différentes conférences eurent lieux. Aurélies HARNÉQUAUX, ingénieur du patrimoine, introduisit la loi CAP de juillet 2016, les changements s’opérant à Loupian ainsi que les différents acteurs (Architectes des Bâtiments de France, Monuments Historiques, …) et réglementations intervenant dans la sauvegarde du patrimoine. Cette intervention permit d’éclaircir des termes et des mesures spécifiques au domaine du patrimoine. Par exemple, lorsqu’un ABF (Architecte des Bâtiments de France) est consulté avant une intervention sur un monument de valeur patrimoniale, il peut émettre un avis simple (qui peut ou non être suivi par le particulier) ou un avis conforme (obligatoire) ; ce dernier concerne les édifices dont l’environnement comporte un monument historique visible. Au cours de cette conférence, il fut également expliqué au public le lien que devait avoir le bâti récent et ancien. En effet, dans un espace chargé d’histoire, il n’est pas question d’interdire le neuf à tout prix mais de construire en suivant une certaine logique, de façon à ne pas dénaturer l’aspect originel de l’endroit. Ainsi, une réflexion doit s’effectuer dans le choix des matériaux, dans la forme des ouvertures, ou encore dans l’agencement des espaces afin de maintenir une cohérence. Si toutes ces restrictions peuvent paraître austères de premier abord, Mme HARNÉQUAX assura que les ABF et les services de l’UDAP (Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine) étaient disponibles pour tout questionnement et ouverts au dialogue, et que les décisions étaient prises en prenant en considération les moyens de l’habitant.

Au cours de la deuxième conférence, Katia TURREL (au service Patrimoine et Archéologique de la Communauté de Communes du Nord du Bassin de Thau) et Christophe PELLECUERE (à la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie, Service Régional Archéologique) nous présentèrent l’histoire de Loupian et de la région de l’Antiquité à nos jours. Le site est occupé depuis des milliers d’années : il aurait accueilli les premiers paysans du littoral languedocien. À l’époque romaine, les environs se seraient peuplés de villas romaines, dont une persiste encore aujourd’hui à Loupian. Reconstruite au 5ème siècle, vous pouvez la visiter et y admirer les magnifiques mosaïques qui recouvrent ses sols. Loupian fut un pôle un important de la région, dû en partie à la présence de la voie Domitienne en arrière-pays et à la mer. Au 5ème siècle également le christianisme se manifeste : une basilique paléochrétienne se construit au nord de la ville et est abandonnée par la suite au 8ème siècle. Au Moyen Âge le Cami Roumieu menant à Saint-Jacques-de-Compostelle traverse la région. Le village se développe : au 10ème les remparts se construisent et se modifient au cours du temps, au 14ème siècle est édifié un castrum, dont il ne reste aujourd’hui que des tours, et l’église Sainte-Cécile est reconstruite au bord du chemin de Saint-Jacques (un édifice du même vocable existait déjà depuis le 11ème siècle). Le village ne cesse d’évoluer et de grossir : de nouveaux quartiers et de nouveaux monuments apparaissent. Le Château Neuf, abritant la salle d’accueil de la mairie, est bâti au 16ème siècle. La création de la route royale, allant de Montpellier à Pézenas et traversant Loupian, entraîne la fondation de nombreuses auberges, grandes bâtisses en pierre de taille, ainsi que d’un relai de poste : jusqu’à la Révolution Loupian reste le pôle majeur d’activité de la région, avant d’être remplacé par Mèze. Au 19ème siècle la viticulture se développe et des maisons vigneronnes surgissent petit à petit hors des murs de la ville. Ces bâtiments suivaient généralement la même organisation : un garage au rez-de-chaussée, et un étage avec de grandes fenêtres équipées d’un balcon pour profiter du soleil. Au 20ème siècle d’autres changements s’opèrent : les éclairages au gaz acétylène sont installés et en 1936 est construite une cave coopérative. La ville continue de s’étendre et se constitue une zone pavillonnaire. Vous pouvez vous amusez à retrouver tout ce passé à travers des détails de l’architecture lors d’une balade dans Loupian !

Enfin, durant la troisième conférence, des industriels nous présentèrent leurs produits. Il s’agissait des chaufourniers de Saint-Astier et de Socli, ainsi que d’un représentant de Viero, producteur de peinture minérale à base de chaux et de silicate. Chacun a exposé au public les intérêts de leurs matériaux pour la restauration du bâti ancien, la chaux étant de plus en plus utilisée pour tous ses avantages vis-à-vis de la respiration des murs, de sa solidité, et de sa capacité à s’adapter au mouvement du support.

   En parallèle un stage organisé par la CAPEB et animé par Philippe GOLCBERG réunissait plusieurs artisans afin d’acquérir une autonomie dans la conception et la réalisation d’enduits de façades du bâti ancien, ainsi que de connaître les techniques de mise en œuvre traditionnelles de finitions et de décors à frais. Les stagiaires se sont donc vus exposer les différentes techniques d’enduits respectueuses du bâti ancien ainsi que de nombreux exemple sur lesquels M GOLCBERG avait travaillé, en France ou à l’étranger (il nous a par exemple montré le travail de l’adobe en Syrie). Suite à cela, les stagiaires se sont exercés sur un mur mis à leur disposition par la municipalité, qu’ils ont enduite de chaux et de tuileau. Cette technique qui consiste à insérer des morceaux de tuile dans le mortier était notamment utilisée par les Romains à l’Antiquité. Elle confère une plus grande dureté du mortier ainsi qu’une meilleure résistance à l’humidité. Une précision : ce procédé ne s’effectue qu’avec des tuiles anciennes, les récentes étant siliconées et donc moins adhérentes à la chaux. Il fut très intéressant d’observer les artisans au travail : le geste pour projeter l’enduit sur la façade est précis, sollicitant seulement l’avant-bras afin de pas s’abîmer l’épaule mais également pour avoir assez de puissance pour que la chaux s’accroche au mur. Durant les deux premiers jours du stage, les efforts furent concentrés sur la mise en œuvre de cet avant-corps d’enduit, également appelé renformi. Le temps de séchage nécessitant plusieurs semaines, la suite des travaux – la réalisation de différents types de finitions – se fera la semaine prochaine, le 29 et le 30 mai.

   Pour finir, plusieurs visites furent organisées durant ces trois jours, à commencer par une balade commentée du centre ancien. Loupian regorge de témoignages du passé médiévale, moderne et du 19ème siècle à travers son architecture. Ce tour fut également l’occasion pour nos guides de nous montrer des exemples de bonnes et mauvaises réalisations d’enduits. Par ailleurs, une permanence de Sophie LOUBENS (ABF et Chef du Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine de l'Hérault - DRAC Occitanie), fut organisée pour permettre au Loupianais de poser des questions et se renseigner sur les mesures à prendre en cas de travaux chez eux.
Jeudi matin, nous avons eu droit à une lecture de paysage et du quartier conchylicole depuis un bateau sur l’étang de Thau.

   Après ce résumé à la fois bref et exhaustif, vous pouvez voir que ces trois jours à Loupian furent riches en échanges et en activités. Si vous avez été présents, n’hésitez à nous faire parvenir votre avis. De notre côté, nous vous tiendrons informés si d’autres événements de ce type ont lieu (parmi les cas précédents nous pouvons citer les journées de « Fichu Façade » à Sumène).
Nous remercions la mairie de Loupian pour son pour nous avoir conviés !

NB : des documents sont disponibles en PDF joints à cet article pour mieux comprendre les AVAP et la loi CAP.

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