L’histoire d’un village se confond souvent avec celle de son église : Saint Sernin du Plain est un cas classique en l’espèce. Juchée sur le rebord d’un plateau de culture, anciennement défriché au haut Moyen-âge, au pied de la butte tutélaire de Rome-Château, l’église de Saint Sernin du Plain n’est pas seulement la « demeure de dieu », mais incarne, avec sa flèche festonnée visible de loin, le village dont elle est le cœur, cette communauté des êtres dans leur complexité.
Des lointaines origines de l’église, nous ne savons rien ou presque : seules des fouilles archéologiques pourraient nous renseigner plus précisément. A grands traits, on peut cependant se risquer à ce canevas chronologique. La région est occupée de longue date. Le Mont Rome-Château a livré de nombreux éléments préhistoriques et a pu constituer un site défensif d’importance. A l’époque romaine, le territoire communal est occupé par quelques villae disséminées à proximité de la grande voie Agrippa de Chalon à Autun, qui passe à Nyon. Le plateau, le « plain » de Saint Sernin et les coteaux ne pouvaient qu’attirer les convoitises. De par son potentiel agricole et viticole, de par sa proximité avec Autun, de grands établissements ecclésiastiques s’implantèrent et accentuèrent leur emprise territoriale par des achats et surtout des dons.
Des traces ténues, en particulier des découvertes fortuites faites à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle par les fossoyeurs de la commune, nous renseignent un peu. Plusieurs urnes funéraires mérovingiennes (de véritables sarcophages de pierre) furent en effet mises à jour et nous prouvent l’ancienneté de l’occupation du site : certainement entre le VIème et le VIIIème siècle. La première mention archivistique de l’église remonte à la fin du IXème siècle. Charles le Chauve confirme par une charte les biens appartenant au monastère de Saint Andoche. Il y est précisé qu’en pays beaunois ce monastère possède une « villa » un établissement agricole, qui est appelée Lol, où se trouve une église vouée à Saint Sernin. D’autres textes, à l’orée du XIème siècle nous apprennent que l’actuel bourg est la fusion de deux villages, d’une part Lol qui contenait une seigneurerie de six meix autour de l’église et de l’actuelle place de l’abbaye (par meix il faut comprendre unités d’exploitations), d’autre part une autre seigneurie, elle aussi de 5 ou 6 meix, nommée Poisson appartenant à l’abbaye Saint Symphorien d’Autun. Où se situait exactement ce dernier toponyme ? Nous avons pour l’instant bien du mal à le dire.
Ce qui est certain, en revanche, c’est le rôle polarisateur qu’à constitué l’église pour les croyants de l’époque. Par la cérémonie épiscopale, par la présence de reliques, le cimetière et l’église sont protégés des machinations des esprits invisibles et de l’incursion des mauvais esprits, garantissant un sommeil paisible jusqu’au Jugement dernier à ceux qui ont reçu le sacrement de baptême. Cette sacralité attire les populations et entérine une conception communautaire, celle du groupe social que forme la paroisse. Le pouvoir d’attraction aux Xème et XIème siècles atteint son paroxysme, lorsque l’espace ecclésial se confond avec le village qui prend le nom de Saint Sernin du Plain. Les limites de la paroisse sont dès lors, peu ou prou, celles de la commune actuelle.
Que reste-t-il de cette période ? De la première architecture carolingienne rien ne semble avoir traversé les âges. Les éléments les plus anciens encore présents sont les piliers du transept qui soutiennent le clocher, datables malgré de nombreuses modifications ultérieures, du XIIème-XIIIème siècles. Le chœur et la chapelle de la Vierge furent entièrement reconstruits au début du XVIème siècle dans un style gothique. Si l’on ignore à peu près tout des fondateurs de la chapelle nord – les armoiries visibles à la clef de voûte et aux quatre angles n’ayant pu encore être identifiés – il est à peu près certain que le vaste chœur a été financé par l’abbaye de saint Andoche. La face nord de l’église comportait une autre petite chapelle accolée à la précédente, dont il ne subsiste qu’un cintre brisé dans le mur extérieur. Menaçant ruine elle fut détruite en 1784, lorsque fut rebâtie et agrandie la nef. Depuis la fin du XVIIIème siècle, le plan même de l’église n’a guère changé. Seule la Chapelle sud Saint Joseph a été ajoutée en 1860, à la place de l’ancienne halle-appentis, détruite elle aussi à la fin du XVIIIème siècle.
Aujourd’hui encore, l’église Saint Sernin est, avec la mairie, le cœur symbolique de la commune. Négliger ce bâtiment, en ne voyant que la charge financière qu’il représente, serait ne concevoir ce village que comme une banale juxtaposition d’habitations.
En cette période de crise économique, ce serait oublier que nos prédécesseurs, ont eux aussi traversé des périodes difficiles, et que malgré tout ils ont consenti à faire des sacrifices pour sauver leur église.
N’oublions jamais que grâce à eux le bâtiment s’est maintenu, conservant ainsi la cloche de 1623, témoin sonore qui a traversé les siècles comme écho des sons du passé.
Florian Martin
Professeur d’histoire certifié,
Membre de l’association « Les amis de l’église de St Sernin ».

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