TABLEAUX DU CHOEUR DE L'ÉGLISE DE SAINT-VÉRAND

Saint-Vérand est une commune rurale située près de Saint-Marcellin au sud du département de l’Isère. Son patrimoine, qui comprend notamment trois édifices au riche passé seigneurial et plusieurs maisons remarquables, relève pour l’essentiel de la propriété privée. Toutefois le patrimoine public n’est pas absent. Il est riche de plusieurs éléments dont l’église paroissiale située au cœur du village.

Le chœur de cette église est orné de cinq copies réalisées au XIXe siècle d’après des tableaux de maîtres. En position centrale, la plus imposante représente La Cène de Léonard de Vinci. Les archives communales conservent quelques indications sur l’origine de ces tableaux. Après avoir, avec l’aide de ses paroissiens, reconstruit l’église en 1836-37, le père Rey, énergique curé de Saint-Vérand, engage la décoration du bâtiment. Dans le livre de comptes qu’il tiendra de 1836 à 1867, il note par exemple : « 1856. J’ai fait faire le tableau de la Cène, la toile et le cadre ont coûté 700 f. ». Le curé Rey ne fournit aucune information sur l’auteur du tableau, ni sur les circonstances de la commande. Selon ses propres termes, il fera « faire » deux autres tableaux en 1857 et en « achètera » deux autres en 1866.

En 2018 a été engagée et menée à bien une opération de sauvegarde, rendue urgente par des dégradations visibles à l’œil nu, de « La Cène ». Les quatre autres tableaux, moins visiblement abîmées, n’en méritent pas moins une conservation préventive. Moins spectaculaires que la Cène elles sont pourtant dignes d’un intérêt particulier. Les copies ont à l’évidence été réalisées par des peintres chevronnés et elles offrent, par rapport aux originaux, des variations que les amateurs de peinture et d’histoire de la peinture ne considèreront pas comme négligeables.

En accédant au Chœur, face à la Cène, se trouvent deux copies de Raphaël. A droite, une copie de la « La grande Sainte Famille », dite « de François 1er », dont l’original se trouve au Louvre. A gauche une copie de la célébrissime « Madone Sixtine », dont l’original est à Dresde. Ce dernier tableau est en soi une véritable curiosité : le copiste a délibérément transformé le pape représenté (dont la tiare se trouvait au premier plan du tableau) en un évêque ayant gardé sa mitre sur la tête (la tiare a disparu). Bien avant Duchamp et ses détournements de la Joconde nous avons affaire ici à une mini-révolution de palais dans le domaine de la peinture religieuse !

Au second plan, à droite une copie de « L’adoration des bergers » de Raphaël Anton Mengs, revue de façon plus réaliste, voire rustique, et à gauche une toile d’une grande qualité picturale, la copie de la très révérée « Descente de croix » ou « Déposition » de Daniele da Volterra, œuvre quasi mythique dont les copies (elles sont nombreuses) ont perpétué la mémoire, puisque l’original, une fresque, était très dégradé. Comme avec la Cène, les paroissiens de Saint-Vérand ne se doutaient pas qu’ils avaient le privilège de contempler dans leur église une œuvre invisible (elle n’a été restaurée qu’en 2005 !). Quant à elle, même ruralisée, la copie de « L’adoration des bergers » de Raphaël Anton Mengs (visible au Musée du Prado) est pour le moins déconcertante : cette toile est un des rares témoignages du lien historique et esthétique rattachant le maître du néo-classicisme à son prédécesseur et inspirateur Le Corrège. A elle seule, pour qui la contemple vraiment, cette toile est une prodigieuse leçon d’histoire de l’art.

Qu’un village comme Saint-Vérand ait hérité d’un pareil patrimoine a de quoi surprendre. Le souci et la volonté de le préserver et de le protéger n’en sont que plus compréhensibles.

Médias

faire un don
et calculer vos avantages fiscaux

Vous bénéficiez d'une défiscalisation de: - €

vous aimerez aussi

devenez acteur
de la fondation du patrimoine