PRÉSERVATION DES VESTIGES DE LUXEUIL LES BAINS

En 2006, à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), un trésor patrimonial exceptionnel a été découvert… Les vestiges de l’Eglise Saint Martin. La ville a décidé à l’unanimité du Conseil municipal de mettre en valeur ces vestiges en créant un Centre d’Interprétation et d’animation du Patrimoine. Les visiteurs pourront découvrir les vestiges grâce à des passerelles et approfondir leur connaissance par un système de « stations » avec des textes, des iconographies, des explications sonores et une mise en scène lumineuse sur les vestiges. Les visiteurs auront aussi accès à une « galerie d’approfondissement » permettant de découvrir d’autres vestiges ainsi que l’histoire de Saint-Colomban. Adossé à ce site exceptionnel, une maison ancienne (dont certains éléments architecturaux ont été datés du 15è siècle) va être entièrement réhabilitée pour y accueillir l’Office de Tourisme « Luxeuil-les-Bains Vosges du Sud » ainsi que des espaces de médiations du patrimoine.

Médias

Nature des travaux

Mais que sont ces vestiges….?

Les riches vestiges archéologiques découverts sur la place de la République – et faisant l’objet du projet de valorisation dans le cadre du centre d’interprétation – appartiennent à plusieurs époques.

Il s’agit d’habitats de l’agglomération gallo-romaine de Luxeuil, datés du milieu du Ier s. au milieu du IVe s. (pièces, cour extérieure, puits, cheminées etc.), mais surtout, de vestiges d’une vaste basilique funéraire paléochrétienne (Ve s.). La basilique a été dotée d’une crypte externe à l’époque mérovingienne (vers 600), avant d’être en partie reconstruite autour de l’an mil et réduite au XVe s. L’église primitive était formée de trois nefs ouvrant sur un chœur quadrangulaire bordé d’annexes latérales. La fouille a reconnu près de 150 sarcophages paléochrétiens et mérovingiens, en grès ou en calcaire, à l’intérieur de l’église et à son chevet. Certains sarcophages au chevet sont entièrement conservés et des noms des moines défunts sont gravés sur leur couvercle. La crypte de chevet conserve les vestiges d’un exceptionnel décor architectural de niches et de pilastres internes. Vers 670, la crypte a accueilli la tombe de saint Walbert, abbé de Luxeuil.

L’ensemble des vestiges archéologiques présente un caractère patrimonial exceptionnel pour l’Est de la France et plus largement pour le territoire national. Les vestiges apportent des éléments d’ordre historique inédits sur un des monastères européens les plus importants durant la période du Haut Moyen Âge. C’est au cœur de la ville que sera exposé ce « grand livre ouvert dans la pierre » de l’histoire de Luxeuil et dont l’essentiel des pages intéresse directement la grande époque de Colomban et de ses premiers successeurs.

Vocation du site

L’histoire…

Saint Colomban était un religieux irlandais qui, comme bien d’autres « compatriotes », choisit l’exil volontaire, à la fin du VIème siècle, pour développer la foi chrétienne et la vie monastique hors de son île natale. Colomban vit le jour vers 540 dans le Leinster, au sud-est de l’Irlande. C’est à l’abbaye de Bangor (à côté de Belfast), que le jeune Colomban reçut une solide formation avant d’être autorisé à partir comme missionnaire, avec une douzaine de compagnons. Franchissant la mer d’Irlande puis la Manche à bord de frêles navires à voile, appelés curragh, ils touchèrent terre, selon la tradition, sur le territoire de l’actuelle commune de Saint-Coulomb (près de Saint Malo). Traversant alors le royaume des Francs à pied, le groupe arriva vers 580-590 dans les Vosges Saônoises, aux confins des royaumes d’Austrasie et de Burgondie.

Avec l’autorisation du souverain mérovingien, les religieux irlandais investissent alors les ruines d’un castrum pour y installer un premier monastère au lieu-dit d’Annegray, à quinze kilomètres à l’est de Luxeuil-les-Bains. Le rapide accroissement du nombre des religieux démontre le rayonnement de la communauté d’Annegray, au point de rendre nécessaire, quelques années plus tard, la fondation d’un second monastère, sur le site de l’antique cité gallo-romaine de Luxovium, puis un troisième, à Fontaine.

Influencé par la reine Brunehaut,Colomban et ses vieux compagnons irlandais sont expulsés de Luxeuil en 610. Sous escorte militaire, la petite troupe descend la Loire à partir de Nevers pour atteindre Nantes : là, un navire doit reconduire les proscrits jusque dans leur île natale. Mais une tempête providentielle rejette le bateau sur la côte méridionale de la Bretagne. Désormais rendus à la liberté, les religieux gagnent Paris puis Metz, avant de traverser, par voie fluviale ou terrestre, les pays actuels que sont l’Allemagne puis la Suisse, où s’arrête définitivement l’un d’eaux, Gall. Après un séjour prolongé à Bregenz (Autriche), le petit groupe passe les Alpes pour atteindre l’Italie. Bien accueillis à Milan par Agilufle, roi des Lombards, et nantis de son autorisation, Colomban et ses fidèles compagnons fondent alors un nouveau monastère à Bobbio, entre Plaisance et Gênes. C’est dans une grotte des Apennins, proche de cette ultime fondation, que Colomban achève son pèlerinage terrestre, le 23 novembre 615.

Quelque 25 ans après sa mort survenue en 615, saint Colomban fut l’objet d’un ouvrage composé par Jonas, moine de Bobbio : Cette vie de Colomban et de ses disciples est donc l’une des rares hagiographies mérovingiennes parvenues jusqu’à nous.

 

Des fouilles récentes, menées sur les vestiges de l’église Saint-Martin, jettent une lumière nouvelle sur l’histoire du monastère. En 2005, une série de sondages est demandés par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) dans le cadre d’une rénovation globale du centre-ville. Les efforts se concentrent sur la place de la République. Sur la base de ces découvertes prometteuses, la ville accepte d’abandonner ses projets d’aménagement et de mettre en place des fouilles programmées avec le CNRS. La Vita Colombani, rédigée par Jonas de Bobbio vers 640, raconte comment le moine irlandais, Colomban, s’est installé dans le désert des Vosges, d’abord à Annegray puis assez rapidement à Luxeuil. Le livre parle alors d’un castrum et de thermes à l’abandon dans lesquels rôdent des bêtes sauvages. Les fouilles de la place de la République, commencée en 2008, apportent les preuves d’une occupation ancienne et continue depuis au moins le Ier siècle.

 

C’était un quartier artisanal qui s’est développé en plusieurs phases successives jusqu’au milieu du 4ème siècle. Les archéologues ont découvert les traces de fours à métallurgie et à verrerie en fonction jusqu’au 4ème siècle. Il y a alors un abandon de cet habitat qui résulte sans doute des invasions barbares. Vers la deuxième moitié du 4ème siècle, est installée une nécropole dans ces murs délaissés. S’il y a des morts cela veut dire qu’il y a des vivants. La ville n’a donc pas totalement disparu. Elle s’est simplement rétractée en surface, déplaçant ses espaces de vie, pour s’abriter. La nécropole, probablement païenne, se structure pour accueillir un mausolée ou un enclos funéraire. Une grande concentration de sarcophages ont été retrouvée, qui réemploient des blocs et stèles gallo-romaines.

Intervient alors un évènement essentiel qui avait été totalement passé sous silence. Dans les années 500, ce mausolée ou enclos familial va être à l’origine de la construction d’une première église paléochrétienne funéraire. C’est une découverte extrêmement importante car cela signifie qu’il y avait là, un édifice chrétien antérieur à l’arrivée de Colomban.

En 590, quand les Irlandais débarquent à Luxeuil, il y a donc non seulement une population bien vivante mais aussi une communauté chrétienne. Ces découvertes remettent en cause, l’histoire de Luxeuil d’une part, mais également, à bien plus grande échelle, la christianisation par Saint Colomban…

Saint Colomban va construire son monastère et va reprend l’église funéraire pour l’intégré dans l’ensemble de son abbaye.

Dans les années 670 est construite ce qu’on appelle la « crypte de Saint-Valbert », derrière le chœur. Saint Valbert a été le deuxième successeur à Saint Colomban ou le troisième abbé de Luxeuil. Aujourd’hui encore, son nom n’est pas inconnu. Moine de l’abbaye de Luxeuil, il s’est retiré dans une grotte pour vivre en ermite. Vers 629, il fut appelé à Luxeuil afin de succéder à Eustaise. Il développa notamment le scriptorium de Luxeuil. Cependant la construction de la crypte semble dater d’avant la mort de Saint-Valbert. On suppose que la crypte était à l’origine dédiée à Saint-Colomban, père fondateur du monastère. Mais, s’étant fait chassé de la ville de Luxeuil, c’est l’un de ses deux successeurs qui prit finalement place dans la crypte.

La présence du corps de Valbert entraîne le développement d’une nécropole ad santo, au plus près de la tombe sainte. Particulièrement bien conservés, ces sarcophages des 7ème et 8ème siècles affichent le nom des morts sur leurs couvercles.

 

De nombreux pèlerins, se rendent auprès de la crypte de Saint Valbert. Ce qui engendre au 9ème siècle, une reconstruction de l’église.

L’église va prendre la forme « d’une croix latine ». La crypte est déplacée dans l’annexe nord (avec une abside), de manière à faciliter la déambulation des pèlerins dans l’église et de ne pas gêner les offices.

Les prêtres desservant l’église Saint-Martin étaient dits des prêtres familiers, nommés à ce poste par l’abbé de Luxeuil. Au cours de l’histoire, des conflits surgirent entre l’abbé, les prêtres et le curé de Saint-Sauveur, un village voisin. Vers 1200, l’abbé concède aux luxoviens un usage paroissial de l’église. Des paroissiens se font alors enterrer dans la nef. On a ainsi retrouvé des tombes de femmes, d’enfants et de personnes âgées.

Au total, sur ce site de fouilles, environ 370 tombes ont été retrouvé ainsi que 170 sarcophages. Finalement en 1797, l’église est détruite, car elle était en mauvaise état. La place ainsi créée devient un marché de plein-air.

Les squelettes découverts ont été soigneusement mis à l’abri afin d’approfondir leurs études.

Cet ensemble important, du point de vue des vestiges et de leur signification, a été classé aux Monuments historiques dès 2010.

 

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